28.05.2011

Les vieux bouchers

Les vieux bouchers sont fatigués et malades. Bref, en mauvaises conditions physiques. Celui des Balkans en particulier. Toute une carrière à s'agiter : génocide, persécutions, exterminations, meurtres, déportations, actes inhumains, prises d'otages, épuration ethnique... 8000 hommes exécutés en quatre jours de carnage et enfouis dans des fosses creusées au bulldozer, sans blague, ça use !

Il paraît qu'on bascule dans la vieillesse à 69 ans. Tiens, justement l'âge de ce cher Ratko Mladic, ancien chef militaire des Serbes de Bosnie capturé jeudi après 16 ans de traque. A Srebrenica, ils vont pleurer d'attendrissement, c'est sûr, à le voir prisonnier, boiteux et tout voûté. Hier, il a demandé des fraises à ses gardiens. Sans doute pour faire semblant de les sucrer.

Que pense le si vieux général ce matin dans sa cellule, en attente du processus d'extradition qui le conduira vers la Haye ? A la fédération des artisans bouchers parisiens vexés de voir stigmatiser leur profession ? A sa fille Ana qui s'est suicidée à l'âge de 23 ans avec son propre pistolet ? Au procureur général du tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie, qui souligne que la santé d’un inculpé est toujours une source de préoccupation ? A son copain Radovan Karadzic, à l'ombre depuis l'été 2008, capturé lui aussi minable et barbu sous un chapeau usé ?

Si l'on en croit le chef de son équipe d’avocats, Karadzic est intelligent et comprend vite. Il se défend seul et excelle en l'art d'entraîner les juges dans une impasse et enrayer la machine judiciaire. Nul doute que (l'im)pitoyable Mladic fera aussi bien que lui au procès et sortira de son vieux chapeau un dépliant de formation professionnelle intitulé Artisan boucher : un métier vivant pour les jeunes qui bougent !, prenant l'assemblée à témoin avec un pauvre sourire : "Non mais vous m’avez bien regardé ?"

09:54 Écrit par D. Segalen | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note |  Facebook |

08.02.2011

ATTENDS-MOI PRÈS DES SAULES - Chapitre 1


podcast
Les premières pages lues par l'auteur...

19:39 Écrit par D. Segalen | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note |  Facebook |

ATTENDS-MOI PRÈS DES SAULES - L'INTRIGUE

Sur un canal du Nord de la France, Angèle Cloutier tient l’écluse semi-automatique n° 23 "Le Pont-aux-Ânes", perdue dans la campagne et menacée d’automatisation totale à plus ou moins long terme. Elle vit seule dans la minuscule maison attenante où elle est venue s’établir après une carrière d’institutrice bien remplie.

Un jour, passe sur sa péniche un certain Jérôme Lepailleur, un ours mal léché qui se laisse troubler par cette femme originale et simple. Une panne bienvenue lui permet de jeter l’ancre dans cet endroit paisible pour partager d’agréables moments de complicité, même s’il tient farouchement à sa liberté.

Mais un soir, l’appel téléphonique d’une mystérieuse jeune femme remet tout en question. Il part sans la moindre explication.

La rancoeur d’Angèle Cloutier fait place à la surprise, puis à l’inquiétude dans les jours qui suivent : qui est cette intrigante et qu’est-il arrivé à son amant ?

Intrigue et personnages nous entraînent dans les bas-fonds d’une cité, puis sur l’eau où l’on découvre la solidarité des gens du canal et la générosité de « ceux d’à-terre » : une jeune mère gothique, un musulman intellectuel et veilleur de nuit, un aristocrate au masque de clown et de jeunes tagueurs de merveilles.

Sans oublier l’eau vive et les saules, témoins muets de toutes les confidences.

19:32 Écrit par D. Segalen | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note |  Facebook |

Attends-moi près des saules - extrait du chapitre 3


podcast
Lu par l'auteur.

19:30 Écrit par D. Segalen | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note |  Facebook |

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17:43 Écrit par D. Segalen | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note |  Facebook |

Pour en savoir plus sur ce dernier roman...

 

Avant d’écrire Attends-moi près des saules, j’avais en tête depuis quelques semaines deux héros ordinaires aussi différents que l’ombre et la lumière. Ils ont pris vie sans que je les y invite, comme cela arrive souvent lorsqu’une histoire naît d’un petit rien et, sans que l’on y prenne garde, finit par occuper de grands espaces imaginaires.

Cet homme et cette femme m’ont accompagnée jour et nuit avec leurs visages particuliers, leurs discussions, leurs regards, leurs non-dits. Ils m’ont invitée dans leurs tanières, elle dans la maisonnette de poupée enfouie sous les fleurs au bord du canal, lui dans la vaste cale de son bateau où s’entassaient livres et souvenirs.

Je les ai fréquentés avec un plaisir grandissant, jusqu’à un certain mercredi où leur amour m’a paru évident mais difficile. Je voyais bien qu’Angèle, au début si pétillante et si gaie, avait du chagrin. Elle s’étiolait, or je ne comptais pas écrire un roman triste.

Lepailleur se montrait de plus en plus buté, incapable de se libérer de l’emprise de son passé ou de s’impliquer dans cette belle histoire, tout simplement. Il préférait saborder son bonheur et passer pour un rustre, plutôt que de prononcer de simples mots d’amour.

Je le reconnais, la relation amoureuse que j’achevais moi-même a sans doute joué : un auteur s’inspire souvent de son vécu, et mon compagnon à l’époque souffrait du même blocage. Quoi qu’il en soit, j’avoue avoir poussé cet âne bâté dans ses retranchements pour voir où ces épreuves le mèneraient et si, une fois acculé comme un vieux sanglier dans un coin, il lui viendrait enfin un peu de simplicité. Il m’a donné du fil à retordre, le bougre.

Angèle tentait de m’attendrir, trouvant à son ours mal léché quantité de circonstances atténuantes. Au cours de l’écriture, elle aurait volontiers supprimé deux ou trois chapitres du livre pour adoucir son sort, reconnaissant par la suite que le jeu en valait la chandelle. Lorsque le doux Khalid est entré dans la danse, elle a repris espoir, et l’arrivée de Claire a fait le reste.

Angèle a adoré la chute de l’histoire. J’entends encore son rire en coulisses et je la revois dans sa cuisine surchauffée, les yeux plissés et les cheveux en bataille. Rien que pour cette dernière scène, je suis ravie d’avoir fait le voyage.

Pour ma part, je me suis régalée à étudier le fonctionnement des vannes ou l’entretien des biefs, découvrant tout de même avec surprise le triste état des voies navigables en France et l’abandon des projets d’amélioration de réseaux malgré une forte demande.

Comme l’a prouvé notre Histoire, de grandes erreurs humaines ont toujours accompagné les projets hydrauliques trop ambitieux mais ici, ce serait plutôt l’inverse, contrairement à ceux des Pays-Bas, la majeure partie des canaux français se détériorent inexorablement, suite au déclin du transport des marchandises, au grand nombre de tronçons abandonnés ou mal entretenus et à l’automatisation massive des écluses.

Comme à chaque fois, la conception de ce roman m’a permis de lier le plaisir de l’écriture à la découverte d’un sujet passionnant qui m’était inconnu. Comme à chaque fois, le livre se referme, et ces personnages pourtant inventés restent gravés dans ma mémoire.

 

17:37 Écrit par D. Segalen | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note |  Facebook |

05.10.2010

Influences

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Nous sommes ce que nos influences font de nous, année par année, grâce aux empilement d'images, aux sensations mêlées, aux tribulations extravagantes vers d'autres mondes complices, aux créations éphémères qui laissent quelque traînée d'étincelles subliminales dans lesquelles puiser à volonté même s'il n'en reste qu'un vague souvenir.

Parmi les derniers territoires explorés figure l'univers de Ron Pippin, cet immense collectionneur de mécanismes hybrides, collecteur de traces brouillées, rêveur en tous genres.

http://www.ronpippin.com/index.html

Ses squelettes greffés de mécanismes fous, ses boîtes en profusion, ses galeries de curiosités, accumulations dignes d'un obsédé atteint de tics occasionnels très compulsifs et passant ses soirées à coller, visser, ajuster quantités de menus morceaux tels des puzzles précieux. On entre dans ces objets dont même la poussière a été stockée et les couleurs infiniment patinées, comme on sauterait de deux ou trois siècles, en arrière, bien sûr, chez un savant un peu fêlé et solitaire.

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Quel travail magnifique !

Grand merci, Ron. Je retrouve ce que je vois en fermant les yeux lorsque je me retire dans l'atelier virtuel où je puise mon inspiration.

 

Dans un tout autre genre, il y a MulheresBarbadas où le trait noir s'étire infiniment et couvre tout l'espace possible. Objets, murs, plafonds, tout y passe. Le feutre a la bougeotte et sort dans la rue, dessine sans réfléchir, remplit les façades, les vitrines, les escaliers, les paliers, les portes, s'étire sur les draps, les visages, multiplie les motifs par ce face à face dans les miroirs, descend par les fenêtres et tous les orifices qu'il rencontre pour poursuivre sa course folle.  

http://www.mulheresbarbadas.com/


mulheresbarbadas_rojorisco01.jpgL'expo est partout. L'artiste, le support, tout est soumis à ce mouvement perpétuel, ce binaire, cette adoration de la ligne. On sent que les préliminaires viennent du tag, on sent la liberté absolue.

Il y a Peter Kemp et ses photos fantastiques dont on aimerait décoller un coin pour regarder dedans derrière dessous, encore un univers délicat qui nettoie yeux et sens.

http://www.peterkemp.nl/peter_kemp_fotografie_mei2009/

 

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... avec un côté Jacques Tati dans l'absurde que j'adore, personnellement. Portolio superbe, on imagine combien les prises de vues nécessitent de réglages, de calages, un coloriste fou de perfection.

 

19:04 Écrit par D. Segalen | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note |  Facebook |

08.07.2010

L'habit-joie

Dedans, l'habit-joie qui fait éclore chaque matin un coquelicot neuf et frêle aux pétales carminés, renaissant de ses cendres comme phoenix persistant. 

Au-delà de la tige, le monde brutal vagit et se tortille sans nous voir. Ses remous simplement nous entraînent, ses cris et ses raclements aigus s'inscrivent en nos oreilles même la nuit, tout le temps, en fait, nous accompagnent comme un bruit de bas-fonds. 

Restons sans hésitation sain debout, joyeux de coeur, attentif aux autres, "écoutants" et drapés dans l'altérité car sans elle le ciel est teinté d'encre noir, inexorablement. Surtout ne pas céder à l'égocentrisme, à l'envie, aux rêves impossibles. Se montrer tiède ? Quelle défaite ! Mieux vaut un combat vaillant même inégal, une bataille qui blesse en surface, un chant qui resterait accroché aux barbelés des ruines de ces cités aussi inaltérables que carrosseries d'ébène huilé de pétrole, brillantes autant que réfléchissantes, aux sommets inaccessibles et aux murs dépourvus de portes. Mieux vaut choisir l'errance joyeuse en compagnie d'ermites libres et spontanés que souhaiter de rejoindre le rang au pâturage clos.

L'habit-joie s'enfile quand on veut, si on veut, il nous pare des couleurs de l'espoir et nous protège des humeurs massacrantes et destructions massives serinées par les médias comme une nouvelle religion infiniment triste, comme ces journaux lumineux qui défilaient autrefois, petits carrés de lumière et d'ombre s'infiltrant dans la ville lorsqu'on levait le nez.

09:59 Écrit par D. Segalen | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note |  Facebook |

29.05.2010

FACES - collages

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12:39 Écrit par D. Segalen | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note |  Facebook |

FACES - collages

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FACES - collages

(recherche d'ambiance écriture / photo / vidéo)

Perdus dans les pixels black and white, serrés dans un rectangle et le regard face à l'objectif, ces personnages rassemblés en quelques clics ont cela de commun qu'ils fixent l'observateur tout en semblant intégrer les lieux qui les entourent comme une seconde peau. Une pêche aux contrastes. Contraste entre espace grunge et ces personnalités arrachées de leur contexte, surprises telles des mammifères paralysés par un faisceau de phares puissants, immobiles sur l'asphalte, à la merci des pilleurs d'images, "enlevées" au sens littéral et collées ailleurs, dans des lieux qu'elles n'auraient jamais imaginé fréquenter, des quartiers perdus, des usines désaffectées, des garages glauques, des rues désertes.

Des gens surpris en flagrant défi, le regard droit, quelquefois triste, une évidence au coin des lèvres comme flashés dans une vie parallèle, un rêve impossible ou un instantané témoignant de leur présence compromettante ici ou là, malgré eux, bien malgré eux, associés en quelque sorte avec celui ou celle occupant l'image comme s'ils avaient gardé des sortes de cochons ensemble autrefois et s'étaient retrouvés ici pour une dernière pose, brutalement arrêtés par le temps.

Et cette pose face aux traqueurs que nous sommes, ils en ignorent tout. Ce qui témoigne d'une certaine violence dans la démarche, mais baste, lorsque l'imaginaire se lâche, tous les moyens sont bons pour appuyer sur le déclencheur et stopper le processus à un moment ou un autre. Le choix de la composition, justement, tout arbitraire qu'il soit, donne la beauté improvisée de l'ensemble.

Quoi ? Se retrouver précipité sans le savoir on ne sait où, on ne sait auprès de qui, immortalisé dans un geste occultant l'avant et l'après, déconnecté de sa propre vie, de son passé, son futur, se voir affublé d'un présent absurde, qui n'en serait pas agacé ?

Exister un peu, ombre et forme, expression et regard, dans un autre contexte que le sien, un autre espace temps, ignorer que l'on est copié, collé, affiché, intégré, enregistré sur un écran étranger alors qu'on ne faisait que passer sur la vague, prisonnier du surf, exposé à la vue de tous, consentant sans l'être, ne serait-ce pas peut-être devenir pérenne malgré soi ? Ne serait-ce pas une forme d'immortalité ? Une forme de liberté de l'enveloppe ? Une téléportation créative ?

Faces appartenant à d'autres mondes. Face parmi la foule virtuelle où le noir magnifie la lumière, où les contours progressifs participent à la magie de l'intercession des impossibles. Beauté des associations aléatoires infinies. Beauté du hasard.

12:26 Écrit par D. Segalen | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note |  Facebook |

illustrations de mai - plume ou pinceau

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12.05.2010

HEY ! le blog

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clic >

12:36 Écrit par D. Segalen | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note |  Facebook |

HEY ! Je l'ai !

 

Je l'ai, enfin. Ma revue HEY !

D’abord l’impression d’un bon papier, insolemment couché et satiné comme on les aime, qui sent la plus belle des odeurs, celle de l’encre lourde et nourrissante.

Puis on ouvre, et l’œil se régale. Franchement, l’univers est celui qu’on prend plaisir à retrouver dans certains fanzines, certains ouvrages, dénicher dans certains lieux, sous des piles de bouquins que l’on passe rapidement comme un cochon chasseur de truffes odorantes lorsqu’il sait que, derrière, il trouvera une perle. Sauf que d’habitude, on récolte laborieusement des miettes de cet univers à droite à gauche et pendant longtemps, au hasard des fouilles, alors qu’ici HEY ! les offre ensemble.

De l’underground pop modern alternatif de grande qualité.

Zéro pub, zéro commentaire surfait, zéro blabla comme dirait la pub. De vraies questions posées par des gens de l’Art aux gens de l’Art. Le choix est osé et jouissif : rassembler des images de créateurs aux univers décalés pour le plaisir des fous de graphisme, de typo, d’objets, de BD, de dessins, de graphs, tous plus étranges et superbes les uns que les autres.

Des trucs collés, des taches, des textures, du fil à retordre, du froissé, des couleurs de luxe, des personnages habités, du vécu partagé, des monstres sympa, de la folie ordinaire, bref, tout un vrac dessiné sorti de tiroirs cachés d'artistes talentueux qui nous laissent juste voir le bord et les referment, le temps de nous donner envie d’en savoir d’avantage.

Un condensé de merveilles éphémères.

J’adore.

Vivement le numéro 2 !

 

12:31 Écrit par D. Segalen | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note |  Facebook |

15.03.2010

HEY ! magazine : une géniale revue d’Art à se procurer absolument. En kiosque le 18 mars.

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modern art & pop culture

La revue HEY ! est le relais d’une vision artistique graphique moderne à dominante urbaine : un cahier de tendances de ce mouvement mondial. Son information est pointue, actuelle mais pérenne, destinée aux collectionneurs, aux amateurs d’art, aux curieux. Elle est aussi une source d’inspiration pour les artistes en quête perpétuelle de documentation. Elle est bilingue et privilégie l’image au texte. Son positionnement est unique en Europe.

Plus qu'une revue : Un objet de collection. Tout y est, Peinture, Street Art, Graffiti, Sculpture, BD, Illustration, Jouets d'artistes, Tattoo Masters Design, Arts populaires, outsiders, Photos... un objet unique à ouvrir sous différents angles, qui privilégie les images au texte. Un objet de collection pour les passionnés de graphisme.

HEY ! - Revue D’Art // 2 couvertures différentes - 144 pages + 16 pages (230mm de haut sur 165 de large) + 1 page stickers inédits d’artistes + 1 carton à découper.

SANS PUBLICITE !!!

Prix : 17,90 euros (un peu cher mais aussi beau qu'un fanzine de luxe) / Distribution : librairies / Périodicité : trimestrielle / Editeur : Ankama / Créateur : Anne et Julien

23:37 Écrit par D. Segalen | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note |  Facebook |

13.03.2010

mieux que le vrai

Je ne veux pas que tu sois mort, Edmond. Qu'est-ce qui t'est passé par la tête de partir dimanche sans dire au revoir, toi si poli, si attentionné ? C'est sûr, tu aurais ri de te voir allongé dans ta boîte à l'Athanée, avec cette jupette plissée jaunâtre de très mauvais goût autour du cercueil, l'air mortellement grave, ton costard cravate serré autour du cou et tes joues rembourrées par un croque-mort trop zélé. Tout le gratin de l'Art te tournait autour, il fallait enjamber les tapis de fleurs trop bien rangées et faire la queue dans un silence étouffé semé de sanglots comme petits hoquets de caniche.  Plus possible de t'envoyer des vannes comme tu aimais, ça en aurait choqués certains sauf nous, le noyau rapproché qui te connaissions si bien. Nous nous en sommes balancées quelques unes, bien sûr, qui nous ont rassurés.

Derrière ce masque qui ne te ressemblait pas, je t'imaginais te toquer le front comme le tu faisais dans le dos du ministre qui te chantait louange pour ta remise de prix, il y a à peine quinze jours, mimant tes grosses chevilles enflées par un orgueil imaginaire pour masquer ta grande pudeur. Jamais avant toi je n'avais vu chez un artiste de vraie modestie lorsqu'on lui cirait les pompes en public.

Du coup, là, tu pars en grand tralala comme dans un cauchemar tragi-comique et c'est ce qui nous a rapprochées, toutes les trois, Monique, Sylviane et moi, ta femme et tes deux filles, même si je n'étais pas la biologique mais celle de cœur. On t'a fait le baiser de la mort sur ton front dur et glacé. Le meilleur hommage était de rire de cette terrible et dernière farce, tu nous aurais passé un savon, sinon.

Salut mon père mieux que le vrai. On ne se serrera plus jamais si fort que nos os craquaient, on ne se dira plus combien on s'aimait, on ne rira plus comme des fadas, à jouer avec le joli et l'envers des mots pour déshabiller la bête rigueur qui emballe le monde.

Salut, roi des clowns. Pour nous, tu seras toujours vivant et je n'imagine pas qu'on ait pu te laisser dans ta boîte et ton tiroir du cimetière de l’Est, face à la mer lointaine et… seul. Les pieds devant, punaise. En plein mois de mars alors qu'on se gèle, toi qui n'aimait pas les courants d'air.

Il y a peu de temps encore, après cette fameuse cérémonie, tu trouvais le trophée trop encombrant et, accroché à moi pour monter l'escalier, tu l'as fourré dans les bras du premier admirateur venu, ce grand prix Lépine de la ville de Nice, lourd et bien moche comme il se doit. La gloire et les petits fours t'ont toujours fait marrer, mais c'est la dernière image que j'emporte, toi debout dans cette foule avide et moi qui cherchais ton manteau parce que tu tremblais d’émotion et de froid. Derniers mots de père et fille. Couvre-toi, prends soin, je t'aime très fort. Moi aussi ma chérie. Tu es fatigué là, rentre vite. Oui, fais attention, c'est toi qui m'inquiètes.

On croit toujours qu'on a le temps de revoir ceux qu'on aime le plus, mais non. Il y a quelque chose de mal élevé dans cette façon qu'a la mort de kidnapper les gens au hasard et sans prévenir. Bon, faudrait qu'elle arrête un peu de me tourner autour, ces temps-ci. Trois rapts en quatre mois, ça commence à bien faire.

Je t'aime, Edmond. Pars en paix. Tu as rempli ton contrat d'Homme intègre, aimant et généreux. Tous ne peuvent pas s'en vanter, loin de là.

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(Lien ici)

11:53 Écrit par D. Segalen | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note |  Facebook |

03.03.2010

Escale du Livre à Bordeaux : dédicace

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Dédicace de mes romans sur le stand des Editions Luce Wilquin (les après-midi).

15:26 Écrit par D. Segalen | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note |  Facebook |

Cherry Blossoms, un bijou diffusé sur Arte la semaine passée

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Pour Emmy.


Rudi allongé près de la chemise de nuit vide de Trudi, ou se tournant les pouces au beau milieu du flot de passants, au Japon, de cette foule disciplinée et pressée, lui tout à-coup affligé de ne pas avoir compris plus tôt, ne pas avoir su décrypter les signes.

La plage, aussi. La mer plate, sans une ride de vieillesse.

Souvenir de Trudi dansant le Butō dans un frou-frou de cartes postales superposées, visage blanc, une touche de rouge comme une goutte de sang sur la bouche.

Souvenir des pantoufles presque vivantes : deux couples de pantoufles. Souvenir de Trudi, si effacée, si discrète. Figée par la triste nouvelle.

Tokyo du matin et du soir, mégapole vertigineuse scintillante. La boîte à pilules avec ces dizaines de cases toutes pareilles. Qui des deux était le plus malade ? Qui des deux partirait le premier ?

La douce caresse des vêtements usés de Trudi. 

Souvenir de la journée de la mouche. Les gratte-ciel, tels des sculptures de diamants. Solitude sous les néons. Rudi vraiment seul, cette fois, comme il ne l’a jamais été, l’écriteau de carton autour du cou, à regarder la télé dans ce perchoir du fils au milieu du rien.

Le fils. Etranger. Absent. Nié.

Rudi déguisé en Trudi avec sa veste bleue, celle qu’ils enfilaient à deux pour regarder la mer plate et grise.

Une descente à l’aventure dans la mégapole. Au bord d’un lac, les cerisiers en fleurs et Pandi Panda de là-bas. Rudi basculé sur l’herbe, surprenant à son retour la conversation téléphonique du fils indigne et saoul. Croit-il savoir mieux que personne ce qu’est la vieillesse, l’absence, la folie ?

Le mouchoir noué au bas de l’immeuble, façon Petit Poucet pour retrouver son chemin, mouchoir dont les carreaux rappellent des cases, encore. De la vie. De la mort. De la boîte à pilules. Des appartements.

Encore les cerisiers en fleurs. La veste bleue et la robe sous le blouson ouvert : regarde, Trudi, regarde comme c’est beau !

Free Hugs, bien sûr. Chers Free Hugs. Tenter de retrouver celle que l’on aime parmi des corbeaux de cimetière, des touristes, un défilé d’enfants à casquettes rouges. Pour cela, il faut un regard particulier, moins occidental, mais ça vient doucement.

Le téléphone rose, enfin. Avec ce long, très long fil tortillé dans les arbres pour écouter les voix que les morts chuchotent. Avec Yu.

Alors Rudi comprend le Butō. La danse des ombres. Tout le monde a une ombre, dit Yu : les vivants et les morts. Pink telephone. Mémoire du passé. Trudi aurait été contente.

Rudi part avec Yu, avec son cabas à carreaux et ses jupes roses, ses baskets à pompons, son ombrelle blanche. Son cabas. Elle l’accompagne au train et reste sur le quai. Le chou de Trudi, cuisiné pour le fils, le fait pleurer. C’est inattendu. Aucune mouche à Tokyo. 

Plus tard, Yu goûte au chou elle aussi. Les sushis humains dans la bâche bleue, rouleaux de chou, tout va de soi. Rudi a le même regard que celui de Yu, maintenant. Ils sont faits pour s’entendre.

Apprendre le Butō dans un studio en haut du gratte-ciel. Se munir d’un pyjama à carreaux et d’un manche à balai (pour gratter les talons de Trudi dans le ciel du Japon ?).

Voilà les cygnes en plastique blanc, les bateaux cygnes avec des Japonais dedans. My wife like this. Et la vie continue avec la petite Yu au pink telephone, un peu happy un peu sad, qui voulait se fondre avec les ombres de sa mère disparue.

Visage blanc de clown et bouche rouge. Yu qui ose être vraie. Le cabas. Le cabas à pois. J’étais sûre que Rudi ferait semblent de monter dans le train et finirait par la suivre jusqu’au parc, jusqu’aux tentes, jusqu’à cette petite fille SDF même pas affligée, ne vivant que de quelques flocons, quelques pétales de pas grand chose parmi les cerisiers blancs.

Et les voilà chez le fils, comme deux âmes en peine de tout. Quelle idée incongrue ! Prendre la main du fils quand il dort, c’est mieux, finalement. Et fuir avec sa valise jusqu’au banc, jusqu’à la tente bleue.

Ça y est. Il emmène Yu et Trudi pour un grand voyage jusqu’au Mont Fuji caché dans les nuages, insaisissable Mont Fuji, avec lui qui traîne les cabas derrière lui et elle vêtue comme une vieille fleur excentrique.

Ils sont au pied du Mont. Tous vêtus du même kimono bleu.

Tous les matins, regarder dehors pour ne rien voir du tout, que le brouillard. Fuji se mérite. Encore un matin. Eh non, toujours rien.

Rudi a la fièvre. Se demande s’il mourra sans avoir vu le sommet de neige des vieilles cartes postales. Et dans la nuit, enfin, le voilà, magnifique, comme il l’imaginait. Bleu et blanc comme les kimonos. Alors Rudi sort danser le Butō. Ses mains tremblent à peine. Il est beau, grimé de blanc, point rouge sur la bouche, yeux noirs d’oiseau de nuit. Il danse et la retrouve, retrouve Trudi. Ils dansent. Elle lui montre les gestes de là-haut, comme lorsqu’elle guidait ses mains avant, mais maintenant il comprend. Maintenant, il sait.

Magnifique. C’est magnifique. On regarde ça et on pleure, forcément.

Il s’appelle Rudi Angermeier et il meurt au bord de l’eau, heureux, dans le kimono fleuri de son épouse. Yu le trouve là.

Il y a la cueillette des ossements, un par un, avec les baguettes. Elle fait comme il faut, la fille au téléphone rose, le carton autour du cou, troublée par le flot de billets verts tombés de l’enveloppe. 

Tant de bonheur n’est réservé qu’à ceux qui ont le don de simple vue.

Cherry Blossoms. Un air de printemps léger. 

Un air de printemps. 

Un air de. 

Un air. 

Un.

15:21 Écrit par D. Segalen | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note |  Facebook |

25.02.2010

Expo

19 février 2010 – mort de Jean Derval

Vu hier matin une Installation étrange chez toi, mon vieil ami Jean, toi qui, bien que grand céramiste, n’aimais pas trop l’art contemporain. Tu aurais sûrement souri à ma place. Tu adorais rire des choses graves.

Tu es mort il y a quelques jours d’une crise cardiaque, tu es parti comme ça, sans dire au revoir, à quatre vingt cinq ans. Tu étais l'avant-dernier dinosaure de Vallauris après Capron, Picault, Collet, Thiry... Mon dernier souvenir sera donc ce chaleureux déjeuner au "Café du Coin" il y a trois semaines avec Piou, toi et ton épouse Liliane. Tu parlais sans arrêt, tes yeux ne voyaient guère et, discrètement, le patron a remporté ton assiette pour tout couper en petites bouchées pour enfant. Tu étais guilleret comme souvent.

Mais revenons à hier matin. 

J’ai passé ton porche où tu me raccompagnais toujours après nos éternelles conversations sur Picasso, Chagall, Fernand Léger et tous ces monstres que tu as connus vivants ; je suis allée sonner à ta porte pour serrer dans mes bras Liliane et tes enfants, connaître aussi l’heure de la cérémonie.

Comme d’habitude, l’étiquette affichait « EXPO : sonnez, on viendra vous ouvrir ».

Ton fils aîné m’a ouvert. Ouvert la porte en grand. Il s’est effacé pour me laisser entrer et… ce qui était exposé, Jean, bien en évidence au centre de la salle parmi tes céramiques, c’était… ton cercueil avec toi dedans.

Que penses-tu de ça ? Nous autour, à circuler autour de ton cadavre allongé (on m’a conduite dans la cuisine où tout le monde s’affairait, puis reconduite à la porte), et toi qui attendais patiemment dans la boîte fermée. Sans air, sans soleil, sans attentions particulières, tout seul allongé là les pieds devant. Définitivement muet.

Qui aurait pensé qu’on t’exposerait parmi tes dernières pièces, aussi immobile, aussi silencieux ? 

EXPO.

Ta dernière farce. Une façon sans doute de nous interpeller pour que l’on se souvienne de ton œil qui frisait, ton air malicieux, ton sourire en coin, ton humour toujours.

Tu me manques déjà. Ton affection. Notre grande complicité.

Lors de notre dernier tête-à-tête il y a un mois, devant un café sur la petite place, tu m’avais dit en te penchant d’un air conspirateur : « En ce moment, j’ai de mauvaises pensées ». Je t’ai dit : « que veux-tu dire par là ? », tu as éludé la chose et m’a répondu : « Il se passe des choses curieuses dans le monde, ça me laisse perplexe. Et toi, qu'en penses-tu ? ». Nous parlions souvent de ton Dieu catholique, avec lequel tu prenais parfois quelques distances. Tu connaissais mon point de vue, ma foi libre, rangée en vrac, en grand désordre, ça ne te gênait pas.

Je suis remontée chez moi en songeant qu’avant de sonner à ta porte, j’étais passée à la galerie Rue Clément Bel pour voir l’expo d’Alberghina. Une Installation, aussi. D'un autre genre.

Pour la première fois, vous êtes en phase.

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09:06 Écrit par D. Segalen | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note |  Facebook |

FLASHMOB 06

Prochaine flashmob le Jeudi 4 Mars à 19h30

sur la plage , au 71 quai des Etats Unis à Nice, en face de l'Etablissement "Sun Sea Blue" 

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08:10 Écrit par D. Segalen | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note |  Facebook |

02.02.2010

"Attends-moi près des saules"

Un extrait du roman dont la sortie est prévue en septembre 2010 :

Il frappe à la porte. Il est venu, finalement.
Debout contre la cuisinière, Angèle sent dans son dos la douce chaleur du feu de bois. Elle lui crie d’entrer.
Il pend son ciré, ôte ses bottes et s’approche, intimidé.
Il préfère rester debout et pose ses deux mains sur la table étroite, face à elle, pour détailler la pièce exiguë remplie d’objets, d’étagères à compartiments, de tasses dépareillées suspendues, de dessins d’enfants, de moulins à café, de moules à gâteaux, de bouteilles de verre ou d’ustensiles de toutes formes. Il y a même un vieux poste CB qui trône sur un coin de paillasse. Une vraie brocante. Mais tout est si propre !
De son côté, elle ne se gêne pas pour le dévisager. Cette carrure, ce faux négligé dans l’implantation des cheveux fous, ces mains larges, épaisses, musclées comme deux vieux chevaux de trait. Il y a les yeux d’un bleu profond. La bouche fine en trait de crayon qui, selon son humeur, lui donne l’air d’un parrain mafieux ou d’un ermite bienveillant. Il y a en lui une gravité mêlée d’interrogation soucieuse.
Un loup-de-mer venu se perdre au fin fond des campagnes de France. Qu’a-t-il à cacher, ce bougre-là, pour cultiver le mystère et brouiller les pistes ?
Il lui plaît. Elle se nourrit de sa présence et le regarde sans indiscrétion, juste avec la bonhomie de ses yeux verts qui le considèrent avec respect. Elle profite de sa présence, tout simplement, un grand sourire sur sa figure ronde de petite fille. Ses yeux plissés se cachent derrière un peigne en bois peint glissé dans ses cheveux bruns à reflets roux.
Après toutes ces parties de cache-cache, elle ne pense plus qu’à lui et, comme beaucoup d’hommes le craignent, se prend secrètement à rêver d’un avenir à ses côtés.
A cet instant, Lepailleur ne remarque rien et poursuit sa grogne du jour, s’y baigne tout entier, ne voyant rien de sa simple beauté.
Cette femme. Pourquoi s’y attarderait-il ? Il ne sait pas ce qui l’a poussé à revenir vers elle, finalement. Ces temps-ci, seules l’occupent ses propres contrariétés.
- Allez, dit-elle. Puisque vous êtes là, je vais vous le faire goûter. Vous me direz.
- Goûter quoi ?
- Mon ragoût.
Elle n’a qu’un demi-tour à faire sur place dans ce carré de cuisine aussi exigu que ceux des bateaux.
Bien malgré lui, Lepailleur est pris par l’odeur qui envahit la pièce une fois soulevé le couvercle, le bruit de la cuiller en bois, la vapeur et même ce délicieux petit frétillement des pommes de terre qui baignent dans leur sauce.
Le tout attise sa colère. Il est seul depuis longtemps et ne supporte pas l’idée du confort.
- Je ne sais pas si je vais rester ! lâche-t-il en s’ébrouant. Je ne crois pas que ce soit une bonne idée.
Elle ne se retourne pas. S’y attendait. Farfouille dans le faitout.
-  De toute façon, c’est prêt.
Une assiette généreusement remplie est posée devant lui, affleurant sa vareuse usée, puis des couverts, un verre de rouge et une serviette en coton blanc.
Le fumet lui torture les papilles mais la Bastille ne se rend pas.
Pas encore.
- Vous n’allez pas manger seul, qu’est-ce que vous croyez ?
Elle pose sa propre assiette et tire du pied un tabouret pour prendre place face à lui.
L’étroite table les sépare à peine. Il consent enfin à s’asseoir lorsqu’elle rompt le pain en deux : une boule de farine bise cuite ce matin dans le four, ici même. Elle sourit en baissant la tête vers le ragoût.
Farine bise. La coquine.
Puis le silence. Exprès, elle ne l’attend pas et commence à manger avec un bel appétit.
La gourmande.
Il s’y colle enfin. Sous sa langue explose littéralement un feu nourri de délicieux parfums mijotés. Il a rarement goûté quelque chose d’aussi bon mais avouer ça, plutôt crever la gueule ouverte !
Il se jette dans le dévorement, la dévoration, le dévorage, comme adorait dire son aîné lorsque le père donnait aux cinq frères le signal du départ pour la course aux mandibules. Et le père qui hurlait : « Vous n’êtes que des bestiaux ! Des ventres ! Et je m’échine à nourrir ce troupeau stupide ! »
Le père, il a même cru le voir au fond du canal l’autre jour. Mais c’était juste son propre reflet qui lui ressemble à présent trait pour trait : bougon, distant, sauvage. Tout ce qu’il détestait chez lui.
Le nez dans son assiette, Angèle jubile. On ne la lui fait pas, l’ours blanc se régale.
Dix minutes passent.
Ce silence entendu qu’ils partagent, ce même mouvement du poignet pour saucer, cette précipitation à se rassasier, cette synchronisation de gestes : tous ces petits rituels les rapprochent enfin. La bête est prise.
Mais Angèle sait combien les fauves restent redoutables même lorsqu’ils mangent à leur faim. Il ne faut jamais leur tourner le dos ou faire de geste vif. Elle ne le regarde pas pour ne pas le gêner et ne proposera plus rien pour ce soir, profitant pleinement de cet incroyable et savoureux tête-à-tête.
De toute façon, elle est comblée. Il lui suffit de dilater ses narines par-dessus les assiettes pour capter le fumet d’homme qu’elle a cru sentir l’autre jour et qui l’a tant émue : un mélange de tabac de pipe, de bois fumé, de cuir et de ferraille rouillée. Exactement ce qu’elle imaginait.
Vus de la petite fenêtre qui donne sur l’écluse perdue sous la tempête, ils ressemblent à n’importe quel couple et l’on ne pourrait que remarquer qu’Angèle est subitement magnifique, quoiqu’un peu rouge, mais que cette cerise aux joues va si bien à sa peau blanche.

14:48 Écrit par D. Segalen | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note |  Facebook |

26.01.2010

Opéra bouffe

... et autres FlashMob, pour récolter quelques sourires dans la foule, voire de vraies grandes émotions :

http://www.youtube.com/watch?v=rWjZX57QQDY&feature=re...

http://www.youtube.com/watch?v=7EYAUazLI9k&feature=re...

http://www.youtube.com/watch?v=X4GMXavfKPY&feature=re...

http://www.youtube.com/watch?v=xrbrnEIxRIs&feature=re...

10:03 Écrit par D. Segalen | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note |  Facebook |

19.01.2010

Coup de coeur écriture pour...

Damien-Spleeters-web

Damien Spleeters... sur Maëlstrom ici :

http://remue.net/spip.php?article3512

10:34 Écrit par D. Segalen | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note |  Facebook |

07.01.2010

An neuf

Nouvelle année, nouveaux projets, nouvel état d'esprit. Les molécules s'agitent comme des bulles de champagne lorsque bascule le vieil an usé par-dessus le bord du papier cadeau.

Pourquoi ce désir de renouveau, ce nettoyage de janvier, cette soif de récurage ? Parce que Janvier est le mois du blanc ?

Lorsque le piaf de base rentre vers l'arbre foyer et découvre son nid dévasté, il le recommence à zéro avec courage. J'ai lu quelque part, parmi le monceau de mails agrémentés de pps avec soap music envoyés pour le nouvel an, que nous devons faire de même, nous, mammifères verticaux. Ne pas nous décourager lorsque nous sommes trahis, déçus par la vie (whrââ !!!), floués, vaincus (même provisoirement). Encore faut-il avoir un nid.

Un nid, un amour, un projet, une bonne santé, des sous... que diable. Chacun y va de ses voeux pieux.

Mais sous notre carapace de guerriers urbains, sous la surface de communication et derrière la panoplie de nos réflexes sociaux, ce désir de nettoyage est un sacré défi. Vaincre les scories de nos certitudes, nos préjugés ou nos comportements obsolètes, quel formidable challenge ! La température de ces derniers jours nous aide. Froid dehors, punch dedans. Tout un programme.

Muer, renaître à soi-même, récurer frotter sécher la vieille peau que l'on trimbale. Et repartir pour douze mois en tentant le plus difficile : que nos pensées les plus nobles soient plus nombreuses que les autres.

12:55 Écrit par D. Segalen | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note |  Facebook |

31.12.2009

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11:47 Écrit par D. Segalen | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note |  Facebook |

27.12.2009

Préambules

 

Regarder la foule.

Formidable, d’imaginer ce passant dans les plus petits détails avec (pourquoi pas ?) son caractère de cochon, ses problèmes existentiels, ses buts, ses manies vestimentaires, sa cicatrice en virgule étonnée près de la tempe droite, sa famille de menuisiers landais qu’il oublie de plus en plus, son amante, belle, malicieuse, terrible amante, son portable qui sonne alors qu’il est déprimé, une main engourdie par des fourmis, qu’il le sort de sa poche en respirant un peu fort pour entendre une voix idiote lui annoncer qu’il peut compter, Monsieur, oui Monsieur, sur l’indulgence de Maître Combert dans cette déplorable affaire mais compte tenu des circonstances…

Imaginer cet homme quelques temps et l’effacer d’un coup sans bouger de ma chaise, les yeux fermés, un livre sur les genoux, un thé au jasmin dans le vieux bol jaune ébréché, chaleur qui se diffuse par les paumes dans tout le corps, m’étirant comme chat au soleil… c’est comme entrer dans un manuscrit à écrire.

Vient le lac qui m'a inspirée pour "Albus". Avant le barrage. Bien avant. Un lac profond, nauséabond, vert sombre, le genre d’eau retenue dans une vallée par décision administrative et locale, genre à noyer un village au fond et déplacer les habitants avec leurs « fichus souvenirs », je vois bien le décisionnaire joufflu au teint de navet débarquer du Tégévé à Valence avec son attaché case et son projet imprimé relié avec un ressort de plastique bleu, ses convictions inébranlables, le tic qui lui déforme le coin de la bouche et la petite boîte de ZAN au réglisse qu’il referme d’un coup sec, sec comme l’insondable sécheresse de ses sentiments, sec comme ses cheveux cassants, cassants comme les mots qui sortent de sa bouche, bouche qui se plie et se tord de plus en plus au fur et à mesure des débats dans la salle de réunion enfumée à de la Mairie.

Je vois le Maire, aussi, qui se tait, qui a compris, qui pense aux mois pénibles qui s’annoncent, à la colère des éleveurs de chèvres, à celle du gérant de ce restaurant minuscule mais pittoresque dans lequel il a mangé la meilleure omelette aux morilles de toute son existence.

J’avale une gorgée de thé et je les vois tous à trente jours de là, démontés, furibards, à déchiffrer entre les lignes de la circulaire absconse leur arrêt de vie daté, tamponné, visualiser leur vallée sous trente mètres d’eau boueuse, lire les mots austères qui disent qu’il faut couper les arbres, démonter « ce qui peut être récupéré », comme si on pouvait récupérer le travail de plusieurs générations, les maisons construites avec amour, le chant des cigales, les murets des cultures d’oliviers en terrasses, les grappes lourdes de sucre dans les vignes noueuses, et par-dessus tout, imaginer ce dos de béton planté au bout, blanc, raide, arqué pour se caler de part et d’autre des collines, pour retenir ce fichu lac !

Ecouter s’énerver tous ces courageux Don Quichotte sans espoir d’être entendus me fait ouvrir les yeux pour les chasser d’un coup de baguette magique. J’ai le cœur serré. Pour rien, car ils sont totalement virtuels.

Je suis dans ma cuisine et ce monde, cette foule, ces gens n’ont jamais existé mais je les garde là contre moi le temps de laver la théière et le bol. C’est fou, ce qu’ils ont l’air réels.

Le temps de monter à l’étage, j’invente un collectionneur de sèche-cheveux qui achète un bébé au rayon fruits et légumes, une effeuilleuse de plumes d’autruches malade d’amour, trois cousins curés obligés de loger un tenancier de bistrot déprimé et un yacht de luxe pris dans un cyclone. Tout ça sans queue ni tête : mon élucubration créative quotidienne. La journée peut commencer.

Si le facteur sonne, évidemment, il risque de se retrouver demain dans un roman, au hasard. Je l’ai prévenu, ça arrive souvent. C’est pour ça qu’il m’évite et laisse des avis de passage, systématiquement...

 

12:35 Écrit par D. Segalen | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note |  Facebook |

Nowel, Nowell...

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12:04 Écrit par D. Segalen | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note |  Facebook |

11.11.2009

Ecrin pour vieux insectes

Les centenaires abandonnés sont de raides enfants en verre filé qu’on a bien du mal à lover dans ses bras pour leur chanter comptine, tant leurs membres d’aragne ont du mal à se plier.
Posés sur leurs grabats dûment médicalisés, ils restent à votre merci.
Leurs maigres pattes recroquevillées rappellent celles des insectes mourants et leurs yeux racontent l’horreur muette de petites tortures quotidiennes. Un spectacle de tendons qui, devant la fonte des chairs, remontent en surface pour grimer le tout à la manière des écorchés de salle de Sciences.
Les mains se tordent, les pieds se griffent, les coudes pointent et la mâchoire est celle d’un Luky Lucke désarçonné pour de vrai.
De temps à autre, ils sortent d’un sommeil refuge pour hurler de douleur, réveillés par les tenailles de quelque crampe, yeux exorbités et face d’épouvante dont la bouche édentée s’ouvre telle la gueule puante de l’enfer.
Malgré ce masque, votre regard reste aimant et vos mains les caressent sur le crâne avec douceur : donner vrai - faute de redonner vie - à ce petit peuple de Jérôme Bosch. Ces démons familiers.
En bas de la maison mouroir, dans les couloirs encombrés de presque cadavres qu’on aligne en rang sur leurs machines roulantes, foule abandonnée et gémissante, on se fraye un passage en évitant les poignes désespérées de serres lancées au jugé (et non au petit bonheur) depuis cet immense radeau de la méduse aux odeurs d’urine et d’éther.
Ces échoués-là ne reviennent jamais sur la terre ferme. Les leurs ont signé pour eux un billet d’aller simple et tâchent de consacrer un temps syndical à soulager leur culpabilité, un soir par semaine, contraints d’ignorer les cris d’angoisse pure qui se répondent d’un étage à l’autre. Comme si les lieux n’évoquaient rien d’anormal. Comme si l’on pouvait déambuler paisiblement dans ce décor surréaliste. Comme si l’on contemplait un portrait immonde joliment encadré.
Maison de retraite pour retraite définitive. Ecrin pour vieux insectes.
La verdure extérieure dans sa présentation bucolique et aseptisée pourrait paraître incongrue mais, au fur et à mesure des visites, on finit par trouver une logique à l’ensemble : les deux univers s’infiltrent lentement l’un dans l’autre avec le même langage, celui du temps qui pousse, temps végétal, pourrissement fertile, immobilisme forcé des racines, montées de sève erratique, cycle d’usure jusque dans les rides des feuilles qui jaunissent, meurent et tombent.
Tombes toutes proches. Mort en planque, guettant ses proies derrière l’ascenseur.
Parfois, les « patients » entament des séries de tocs : se lever laborieusement d’une banquette d’angle, trottiner vers un pot où gît une plante imitant le plastique et cracher sur ses feuilles lustrées, au centre du bouquet final en feu d’artifice, puis retour à la banquette. Ceci pour les moins nombreux d’entre eux : ceux qui se déplacent encore. Oubliée de tous, elle aussi, la verdure humiliée laisse s’écouler morve et salive à la vitesse d’un escargot fatigué vers la terre sèche qui toujours récupère le vivant.
Un renoncement infini exsude de ces bâtiments désinfectés et désolés, ce train fantôme rempli de morts-vivants sur trois étages, et ça vous colle un bourdon de tous les diables lorsque vous sortez enfin, après un long slalom entre les rangées de baveux qui gardent la sortie : un défilé remarqué par un public dont les regards de haine vous tourmenteront de longues heures.
L’air vous fouette enfin et gèle une larme involontaire.
"Courage, fuyons !", comme l'écrivait Jean Vautrin.
Vous vous surprenez presque à courir vers le parking envahi par le brouillard, les odeurs de sauge, d’eucalyptus et de thym qui exhalent et libèrent leurs effluves le soir venu.
Restée à la porte, la mort vous regarde partir, un mauvais sourire aux lèvres gercées. Lorsque vous vous retournez, elle se fend d’un signe complice.

11:48 Écrit par D. Segalen | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note |  Facebook |

Petits démons familiers de Jérôme B

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11:45 Écrit par D. Segalen | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note |  Facebook |

14.10.2009

Tenir bon

Pour M'âme Nelly...

Le corps est ce qu’il est, notre condition est ce qu’elle est. Nous devons faire avec.
Il reste notre esprit, et lui, pas question de le laisser s’enfoncer dans la brume. A nous de rassembler nos forces vives, les optimiser et les remettre en route.
Même privés de mobilité, de vue ou de parole, si l’esprit est intact, bien sûr, si nous avons cette chance, la liberté intérieure représente un espace à investir en récupérant ce qui peut l’être pour réorganiser un nouveau système de fonctionnement, même lent, même incomplet. Continuons d’avancer, de penser, de décider, d’être.
L’esprit est vraiment le dernier bastion à protéger. Il n’est jamais facile de tenir un siège contre l’invasion d’un insidieux découragement, contre la tentation de se laisser aller à une torpeur indifférente et anesthésiante vers une mort convoitée.
Ici aussi, notre pire ennemi reste nous-mêmes.
Tant qu’il nous reste quelque réflexion, n’acceptons jamais cet ultime recul : la tentation d’abandonner la lutte et de rendre les armes pourrait nous terrasser définitivement.
Le cerveau a horreur du vide et si plus aucun neurone ne bouge dans cet immense appartement inhabité dont on éteint peu à peu les lumières, il fera place à de monstrueuses créatures issues de notre inconscient. De ce voyage-là, personne ne revient. Nous parcourrons alors ce genre de couloir de la mort dans la plus totale solitude en se battant contre terreur pure et chimères.
Si la vie nous pousse dans d’inconfortables retranchements, préservons à tout prix l’alimentation de notre vie intellectuelle car cette fenêtre restée ouverte sur le monde est indispensable à notre intégrité, aussi réduite soit-elle.
Nous avons maintes fois appris à faire appel à des ressources que nous ne soupçonnions pas et qui se sont révélées précieuses le moment venu pour renforcer notre mental. Il suffit de réitérer et de n’accepter aucune limite : découvrir les subtilités de la philosophie grecque à près de cent ans peut combler un esprit curieux et le pousser vers une réflexion enrichissante. Si l’on préfère le bridge, les mœurs du Pithécanthrope ou la compilation de ses souvenirs sur dictaphone, c’est bien aussi.  Le « pourquoi faire ? à mon âge ça ne sert à rien ! » ne tient pas debout, face au bénéfice reçu.
Tenir bon, ce n’est pas refuser de vieillir mais repousser la déchéance.

18:08 Écrit par D. Segalen | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note |  Facebook |